ven.
27
mai
2011
Catherine Guevel, chargée de communication à Ploudalmézeau et chargée du projet Médiablog à la ville de Brest, a accepté de répondre à quelques questions sur les Etés TIC et le numérique
populaire.
Connaissez-vous les Étés TIC ? Avez vous déjà participé à une manifestation de ce genre ?
Oui je connais les Etés TIC. J'y ai participé en 2007 comme simple "curieuse". J'ai également participé aux rencontres d'Autrans 2008 et 2009, avec, la seconde année, la mission de réaliser une
webradio avec des étudiants.
Par ailleurs, le "service Internet et expression multimédia" de la Ville de Brest, auquel j'appartiens depuis 3 ans, organise tous les deux ans en alternance avec les Etés TIC, le Forum des
usages. J'y ai donc participé plusieurs fois à différents titres.
Savez-vous en quoi cela consiste et quel est l’intérêt d’une telle manifestation ?
Il s'agit d'abord d'une rencontre : celle des acteurs des TIC en France et en particulier sur le territoire breton. Un temps où se retrouvent des personnes qui parlent couramment le "cloud
sourcing", la "folksonomie" ou la "carte heuristique" et qui essaient de l'expliquer aux autres.
C'est aussi un temps de réflexion où l'intelligence collective se met en mouvement, nous stimule et nous entraîne inexorablement dans son sillage : on quitte les Etés TIC, Autrans ou le Forum des
usages, des idées et des projets pleins la tête.
Même les années où je ne peux pas être physiquement présente, je suis les conférences via second life ou le site web de l'événement. Rien ne vaut tout de même la participation réelle et les
échanges formels et informels qui se créent lors des ateliers, des temps de repas, autour des stands d'exposition ou pendant la soirée festive. Une mention spéciale au Carrefour des possibles que
je ne raterai pour rien au monde : avoir la chance de découvrir dans la même soirée un système de gestion de troupeaux de vaches via la 3G, une carte de la ville revisitée par les enfants d'un
quartier, un système de traduction simultané en chinois ou encore les sons des baladocréateurs, c'est un sacré voyage!
Cette année, le thème sera le numérique populaire, que représente ce thème pour vous ?
Les usages du numérique et le développement de leurs usages sont au cœur de ma vie professionnelle depuis 1997. Je travaillais alors sur un projet de services visiophoniques marchands et non
marchands sur des réseaux expérimentaux ATM et ADSL. Je suis depuis lors particulièrement attentive à l'intégration progressive du numérique dans notre vie quotidienne, aux types d'usages
développés et aussi au temps, parfois très long, d'appropriation de ces usages par le plus grand nombre.
Ces dernières années, grâce au Médiablog, je me suis plus spécialement intéressée aux usages dans le domaine de l'éducation. Dans le cadre de l'expérimentation régionale "Médiablog dans les
Lycées", j'accompagne des porteurs de projets pédagogiques dans la production et la publication de projets pédagogiques utilisant le multimédia. Nous allons, lors de l'atelier du mercredi 29
juin, évoquer avec certains de ces pédagogues innovants, comment ils réinventent leur métier grâce au multimédia. Ils évoqueront probablement aussi les difficultés personnelles ou
institutionnelles qu'ils ont rencontrées, apportant un éclairage particulier à la question du numérique populaire.
Pourquoi l’accès à Internet et au numérique vous parait-il essentiel ?
Tous les animateurs multimédia le savent : la première question à poser à un adulte qui débute en informatique et que l'on place face à un navigateur internet, c'est : "qu'est ce que vous aimez
faire dans la vie ?" car quand tout est possible, la meilleure façon d'aborder le numérique c'est par sa propre lorgnette et donc ses propres centres d'intérêt. Le numérique est transversal, il
est susceptible de toucher tous les moments et les domaines de notre vie.
Mais peut on vivre sans numérique dans notre Société ? A-t-on même le choix d'ignorer totalement ses usages ? La réponse est complexe, mais une chose est sûre : cela devient de plus en plus
difficile pour ceux qui appartiennent à ce qu'on appelle pudiquement les "publics éloignés". Comme "nul n'est sensé ignorer la loi", nul n'est sensé aujourd'hui ignorer Internet, surtout quand il
veut s'inscrire à pôle emploi, bénéficier d'aides de l'Etat ou obtenir des renseignements pour sa santé. Cela entraîne bien des questions : où en est-on de l'accès public en France ? quelle est
la responsabilité des collectivités dans cet accès public ? qu'en est il du niveau réel d'apprentissage des enfants et de leur maîtrise de ces outils ? quid du matériel nécessaire et du coût pour
chaque famille ? bien des questions qui seront certainement évoquées lors de ces Etés TIC.
Quelles sont pour vous les conséquences du non usage (ou du défaut d’accès) du numérique ?
Difficile donc d'échapper au numérique aujourd'hui. Même les maisons de retraite, ou les retraités âgés vivant à domicile s'équipent car chacun souhaite recevoir les photos envoyées par courriel
ou échanger via facebook avec ses enfants et petits enfants.
Une conséquence possible du non accès est le repli sur soi, l'éloignement de celui qui ne connaît pas ou ne maîtrise pas, par rapport à ceux qui utilisent ces outils. Pour les jeunes et les
adultes actifs qui se trouvent loin de ces usages - par exemple lorsque leurs pratiques professionnelles ne nécessitent pas de connaissances particulières dans ce domaine - il n'y a pas de
problème tant que leur situation reste la même. Mais gare à l'exclusion dès qu'ils doivent s'adapter à un nouvel environnement, chercher un emploi, ou encore quand leurs enfants
grandissent.
Les usages du numérique deviennent tellement prégnants et tellement diversifiés dans notre Société que le temps du "s'adapter ou mourir" semble venu. D'où la nécessité vitale pour chacun de
pratiquer, pratiquer sans cesse, de trouver des points d'accès et des personnes qui peuvent nous accompagner dans notre apprentissage. Charge aux collectivités de proposer cette aide de
proximité, adaptée aux besoins de chacun, afin d'éviter que ne se creuse la "fracture numérique".
Avez-vous quelque chose à rajouter, un message à passer ?
Peut être un constat, après quelques années d'échange avec les porteurs de projets pédagogiques : l'enseignement du numérique aux enfants est primordial afin de les amener à réfléchir sur l'usage
qui est et sera le leur, mais il doit inévitablement passer par l'enseignement du numérique aux adultes, quel que soit leur âge et leurs centres d'intérêt.
J'appartiens à une classe d'âge (celle née dans les années 70) qui a grandi et a même réussi à devenir adulte (mais comment avons nous fait ?) sans internet et qui, pourtant, utilise aujourd'hui
le numérique, souvent avec enthousiasme, dans sa vie quotidienne. Nous sommes donc, avec tant d'autres, la preuve vivante, s'il en faut, qu'en matière d'adaptation, l'homme n'a de limite que
celle de son imagination.